Et si nous lisions…
Disgrâce, John Maxwell Coetzee, Le Seuil (Points), 2002
Ils partaient en Afrique du Sud, le temps d’une paire de semaines, tout au bout de l’Afrique. Au Cap. Le joyau blanc de l’Afrique noire, la ville entre deux océans, cette terre prodigieusement belle d’entre deux mers. Ils ont parlé de ses paradoxes, de ses contradictions, de toutes ses blessures, de ses ineffaçables cicatrices. Ils disaient les ciels. Ils disaient la lumière. D. et L. sont rentrés avec l’idée de repartir.
Dans leur valise, il y avait un bijou, Disgrâce de J.M. Coetzee, la disgrâce de David Lurie, professeur blanc à l’Université du Cap qui, en écho au traumatisme de son Afrique du Sud ébranlée par son histoire et ses échecs, assiste à l’effondrement de sa propre vie. En pointillé, Coetzee avec sa langue aussi mystérieuse qu’il ne l’est lui-même, parle des vieux tabous de la ségrégation, des horreurs silencieuses de l’Apartheid. Il dit l’actuelle (ou l’éternelle ?) a-normalité des relations entre Blancs et Noirs. Il décrit, avec une étonnante simplicité, une réalité, un quotidien, celui de rapports de forces, de luttes de pouvoirs et de brutales et froides violences comme d’évidents et de médiocres corolaires. Sans discours ni gants blancs, sans morale ni militantisme, J.M. Coetzee offre un roman, un roman qui porte la politique en lui mais sans aucune intention politique. Là où il explore la complexité des relations entre les êtres, il choisit délibérément une langue plus simple encore, nue, évidée, une phrase sèche, presque maigre pour ne retenir que l’essentiel, aussi fort que beau, à l’image de l’homme, intense et passionné.
Aurélia Charar










